Mot de l’Ambassadeur (3 mars 2017)

Le dix-neuvième printemps des poètes ouvre ses portails et ses vantaux.

Attention ! Art délicat : grosses paluches s’abstenir. Alors que la beauté disparaît peu à peu des programmes scolaires et politiques, malgré les appels émouvants de Philippe Sollers lancés dans son dernier ouvrage qui s’appelle justement « Beauté », il est un tantinet audacieux de proclamer, comme le fait printempsdespoetes.com, que deux semaines durant, du 4 au 19 mars, les poètes seront à l’honneur. Saluons tout de même, et résolument, cette initiative, qui va nous permettre de découvrir de jeunes talents dont les noms sont (roulement de tambour) : Tiziano Fratus pour l’Italie, Meiron Jordan pour le Royaume-Uni, Stanka Hrastelj pour la Slovénie, Dorta Jagic pour la Croatie et Maria Barnas pour les Pays-Bas. Une fois que vous aurez terminé de cliquer sur tous ces noms dans le portail « Versopolis » - je l’ai fait - lancez-vous dans la découverte des textes de Marie de Quatrebarbes, Julien Delmaire et Marie Ginet –je le ferai. Voici donc la petite équipe des auteurs sélectionnés par les organisateurs de ce printemps 2017. A Budapest, où l’attention portée à la langue est une affaire très sérieuse, nous allons veiller à promouvoir certains textes de ces auteurs ou d’autres, en combinant l’opération avec le festival de la francophonie. Cela rappelle irrésistiblement le rêve de Lautréamont, qui consistait à faciliter l’accouplement d’une machine à coudre et d’un parapluie sur une table d’opération.

Mais qu’il soit aussi permis de citer quelques alexandrins d’un aîné de tous ces auteurs, le talentueux Jacques Réda, qui vient lui aussi de publier un livre au titre métaphysique : « Le Tout, le Rien et le reste, La Physique amusante IV ». Il ambitionne de nous expliquer la nature et l’univers, dans toute leur complexité, en vers. Exemple :

S’agissant d’infini, ce que d’abord souhaite
Célébrer et sonder en devin le poète,
Est l’infiniment grand. L’infiniment petit
Lui paraît en effet moins digne d’appétit,
Moins capable d’offrir à son envol lyrique
De quoi se déployer.

(Ed. Gallimard, 2016, p. 82)

Jacques Réda appartient à une tendance de la poésie contemporaine française que le critique (et par ailleurs poète) Jean-Michel Maulpoix qualifie de lyrique. Aussi, pour ne pas fâcher d’autres auteurs de la même génération, qui se rattacheraient davantage à un courant formaliste, faisons place ici à un vers de Jacques Roubaud, comme si par vice oulipien j’avais choisi de ne retenir que des poètes dont les initiales seraient J et R.

C’est en rendant hommage à Michel Deguy qu’il écrit « Arc extrême » :

La poésie s’écarte et recommence toute
Entière d’elle (même) séparant séparée même
Des espèces naturelles : mondaine, extrême,
Contemporaine et culturelle si on veut.

(Le Grand huit, collectif pour fêter les 80 ans de Michel Deguy, Ed. Le Bleu du ciel, P. 225)

Que ces brèves allusions soient autant de signaux pouvant servir à faciliter la découverte de très nombreux poètes au cours des deux prochaines semaines…et au-delà !

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Dernière modification : 06/03/2017

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