Témoignage de Denis (Dénes) Hevesi

1956-2016 - De la Hongrie vers la France

Retrouvez les témoignages recueillis par l’Ambassade de France en Hongrie à l’occasion du soixantième anniversaire de la Révolution hongroise de 1956 de réfugiés hongrois accueillis en France.

Témoignage de Denis (Dénes) Hevesi

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En octobre 1956 Denis (Dénes) a seize ans. Ce lycéen de Hódmezővásárhely, dans le sud de la Hongrie, féru de sport, se rend à Szeged pour une compétition de lutte. Là, il découvre des étudiants en ébullition, qui ont constitué un mouvement indépendant et manifestent pour le retour des libertés démocratiques et contre la présence soviétique en Hongrie : « Ruszkik haza ! » C’est de Szeged qu’est partie la Révolution qui allait faire se lever étudiants et ouvriers de Budapest et de toute la Hongrie.

Galvanisés, Denis et ses camarades du lycée Bethlen Gábor fondent à Hódmezővásárhely un comité lycéen dont la première action, ô combien symbolique, sera le démontage d’ « Ivan », surnom donné à la statue de soldat soviétique qui trônait sur une place de la ville. Le lendemain, le comité prend les rênes du lycée, s’équipe en armes dans les casernes de la région et patrouille aux côtés des comités ouvriers et des policiers. La Révolution patriotique est en marche. Les jeunes gens épris de liberté se prennent à rêver…

La désillusion viendra vite. De la capitale arrivent de bien mauvaises nouvelles : les chars russes sont revenus, ils sont entrés dans Budapest, les insurgés résistent héroïquement. Avec trois de ses camarades, Denis tente de rejoindre Budapest pour prendre part aux combats. Mais il est déjà trop tard, tous les points de passage de la Tisza sont bloqués, le rouleau compresseur soviétique se déroule impitoyablement sur le pays martyr.

Denis tente alors de gagner la frontière autrichienne. Il est arrêté avec d’autres fugitifs par des soldats russes qui les mettent dans un train : destination inconnue. Denis échange quelques mots avec un soldat russe pour essayer de savoir où on les emmène. Celui-ci leur souffle de quitter le train à la première occasion. Lorsqu’il se détourne, Denis saute du train dans la neige qui amortit sa chute. À travers champs il retente le passage de la frontière autrichienne, avec succès cette fois. Le voici en Autriche ! Mais où aller ? Que faire ? Quand on a seize ans, et la vie devant soi, ces questions n’ont pas grande importance !

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Après un passage par un camp de réfugiés, le jeune Denis retrouve le lycée, où une filière d’enseignement hongroise lui permet de passer son baccalauréat. On lui offre ensuite la possibilité d’obtenir une bourse pour une école de sport de haut niveau en Allemagne ou pour l’École des Beaux-Arts de Paris. Il choisit la France.

En attendant la rentrée, Denis visite la Provence et travaille sur les docks de Marseille ou comme plongeur dans un restaurant de La Ciotat. Il n’a jamais suivi de cours de français auparavant et s’imprègne de cette langue nouvelle pour lui. Il est très agréablement surpris par ses premiers contacts avec les Français, très amicaux et qui cherchent à nouer conversation avec lui en dépit de la barrière de la langue. C’est à Marseille aussi qu’il découvre une spécialité culinaire particulièrement exotique pour le jeune Hongrois… les oursins !

À Paris, en marge de ses cours aux Beaux-Arts, Denis travaille dans un atelier de photo-gravure. Il lit beaucoup, dévore tout ce qui lui tombe sous les yeux, pour apprendre le français. Il continue également à pratiquer son sport favori, la lutte, dans un club parisien.

Après deux ans et demi de cette vie parisienne, Denis décide de s’engager dans la Légion Étrangère. L’attendent alors d’autres aventures sous d’autres cieux et soleils. Il travaille également dans l’atelier de photo-gravure de la Légion, le « Képi Blanc ». Après cinq ans de service, il se marie une première fois, fonde une famille. Sa vie le mène à Aix en Provence, Lyon, Nancy, Strasbourg, Lauterbourg en Alsace…
Il revoit la Hongrie pour la première fois en 1972. Il reviendra s’y installer définitivement, en compagnie de Jacqueline, sa seconde épouse, en 1994. Gardant vif en mémoire le souvenir de la Révolution de 1956 il lui consacre depuis de nombreuses peintures.

« Les communistes ont fait une erreur en nous donnant en exemple au cours de notre scolarité le combat pour la liberté et l’indépendance de Kossuth et Petőfi en 1848 » sourit-il aujourd’hui, soixante ans après. « Car au départ, nous n’étions pas forcément anticommunistes par principe. Mais nous voulions que les Russes partent ! Ruszkik haza ! »

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Dernière modification : 20/12/2016

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